Traghetto : Regard transversal sur l'économie et le management

Interview anciens de PriceWaterhouseCoopers

Lien site club des anciens Price WaterhouseCoopers (interview)

Interview de Christophe Dubois-Damien, Consultant Associé au sein du Cabinet de recrutement et de ressources humaines Euro Consulting Partners.

Août 2003

« De l’Audit à la Chasse de têtes en passant par ... l’Intelligence économique ».

Tu as débuté tes activités professionnelles chez PriceWaterhouseCoopers. Qu’as tu retiré de ces quelques années chez PWC ?

Le début d’une carrière est important.
J’ai choisi d’effectuer ma première expérience professionnelle dans un grand cabinet d’audit anglo-saxon. De formation, Sciences-Po Eco-Fi, DEA de Droit des Affaires et DECS, je souhaitais débuter par un poste qui me permette d’approcher de nombreuses entreprises, d’analyser de multiples systèmes organisationnels et d’appréhender plusieurs cultures d’entreprises. Ceci dans le but de développer mes capacités d’analyse et de synthèse et de capitaliser des expériences.

Durant cinq ans au BEFEC / Francis-Lefebvre puis chez PriceWaterhouse, j’ai effectué des missions d’audit dans des secteurs économiques variés (Industrie, Grande Distribution, Services : Assurance, Immobilier, Banques).
J’ai eu l’occasion d’intervenir par exemple chez Saint-Gobain, Framatome, Sacilor, Euromarché, Fnac, Absorba, Rochas, Yoplait etc . Les méthodes de travail de l’audit constituent une véritable « école de rigueur ».

Et ensuite ?

J’ai intégré le Groupe Thomson où j’ai exercé des responsabilités dans les fonctions Audit, Contrôle de gestion, Finance durant dix ans.
Successivement :

- Adjoint du Directeur de l’Audit interne Holding Thomson SA (missions en France et à l’étranger)
- Adjoint du Directeur Financier de Thomson CSF Division Avionique Systèmes
- Contrôleur de Gestion Thomson CSF Branche Equipement aéronautique

Après ces expériences, tu as évolué du groupe Thomson à Altus Finance.

Oui. Il y a eu naissance d’Altus Finance suite au rapprochement de la branche financière du Groupe Thomson et du Crédit Lyonnais. J’ai saisi alors l’opporttunité d’intégrer Altus Finance où j’ai exercé une double activité très enrichissante durant cinq ans .

- D’une part au sein de la banque d’affaires Alter Banque, j’ai conduit des dossiers de reprises d’entreprises (Charge d’agent de change Tuffier Ravier Py, Compagnie aérienne EAS, JB Martin etc)
- D’autre part j’ai été Directeur Financier de la Société de Bourse Tuffier nouvellement créée.

Et puis tu as quitté Altus-Finance

Pour être tout à fait honnête, c’est plutôt Altus Finance qui m’a quitté. Les « difficultés » financières du Crédit Lyonnais ont eu raison de cette structure.

Comment as-tu vécu ce licenciement économique ? Et comment as-tu réagi ?

D’abord très mal. Un choc. Puis j’ai retrouvé en moi l’énergie pour développer de nouvelles activités. Et j’ai assuré des missions de consulting. Avec la maturité, je pense avoir réussi une certaine transition entre « savoir faire » et « savoir être ».

J’ai ciblé comme domaine d’activité l’économie de la santé. Il me semblait nécessaire en effet, que ce secteur engage des mutations structurelles profondes. La plupart ne sont d’ailleurs pas achevées.
Le secteur santé se trouve en effet face : - à de graves problèmes de financement du système de protection sociale, - aux lois d’accréditation qualité régissant les établissements hospitaliers, - à l’évolution des mentalités des patients, -aux fusions entre laboratoires pharmaceutiques, et - à l’apparition des nouvelles technologies d’information et de communication.

J’ai repris un support de presse spécialisé dans le domaine médical, dont j’ai assuré la gérance, afin de développer des échanges avec les différents protagonistes.

En outre j’avais participé précédemment aux travaux du Haut Comité à la Réforme Hospitalière, sous l’angle de l’adaptation au milieu hospitalier de la démarche qualité d’inspiration industrielle.

J’ai développé mon activité autour de deux axes :
- le conseil en organisation, gestion, qualité (démarche d’accréditation) en milieu hospitalier privé
-la formation. Car à nouveaux enjeux, nouvelle formation. Et pour répondre à ce besoin, de compétences transversales des acteurs du secteur santé, j’ai créé avec Sup-Santé / Inseec le « Master en management santé ».

Par ailleurs, en collaboration avec le Ministère des Affaires Etrangères, j’ai participé à quelques missions en Afrique du Sud, Israël, République Tchèque, République Dominicaine.

En parallèle dès 1997, je me suis intéressé à l’Intelligence économique. Et depuis je poursuis cette réflexion.

Ce concept est encore flou pour beaucoup. Peux tu nous en dire quelques mots?

L'Information est une matière première surabondante, universelle mais de qualité inégale. La recherche, la collecte, le tri, la validation de cette information la transforment en renseignement. Et lorsque le renseignement est acquis, il est possible de déclencher une action.
Toute l’alchimie de l’Intelligence économique consiste donc à apprendre à passer de l’information au renseignement et du renseignement à l'action.

En fait un bon système d'Intelligence économique est un système qui génère une capacité à imaginer des questions. Il est préférable de mesurer son ignorance que son savoir.

Pour l'entreprise, l'Intelligence Economique est l'ensemble des moyens mis en oeuvre pour apporter au chef d'entreprise les renseignements qui lui permettent de prendre les bonnes décisions en temps voulu, dans le cadre de sa stratégie défensive et offensive.

Qu’as tu réalisé en pratique dans ce domaine ?

D’abord, j’ai essayé de mettre en perspective la méthodologie de l’audit financier et la mise en place pratique de l’Intelligence économique en entreprise. L’audit financier permet à partir d’une analyse de l’existant et du contrôle interne de maîtriser les procédures et les flux financiers de l’entreprise. L’intelligence économique, nous l’avons dit, consiste en une recherche et un raffinage de l’information pour permettre à l’entreprise, de façon stratégique, de mieux anticiper les risques et saisir les opportunités et ce par l’établissement du cycle de renseignement.
Je me suis efforcé de mettre en relief les points communs de ces deux approches.
Sensibilisation, formation et accompagnement à la démarche ont été mes actions auprès des entreprises.

J’ai animé à partir de 1999 un cercle de réflexion et d’action sur l’Intelligence économique auprès de chefs d’entreprises du MEDEF de Clichy, Levallois, Neuilly.
Puis j’ai intégré le Cercle d’Intelligence économique du MEDEF Paris (300 participants) dès sa création en Avril 2002, comme co-animateur de l’Atelier 6 intitulé : « L’outil juridique au service de l’IE ».
Chacun des sept ateliers est coordonné par deux animateurs choisis parmi les spécialistes du sujet et issus soit de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, de l’Assemblée des Chambres de Commerce et d’Industrie, de l’Ecole de Guerre Economique, du Ministère de l’Intérieur ou de la société civile.

Récemment, j'ai pensé qu'il était intéressant de rapprocher Développement durable et Intelligence économique.

Tu en parles presque comme d’un engagement politique

Oui. C’est un peu le cas. Très sommairement, on peut dire que Développement durable, Intelligence Economique et Evaluation sont des concepts porteurs d’une nouvelle vision du monde économique.
Une révolution culturelle de notre société s’esquisse. Elle passe par une modification des habitudes et des comportements professionnels. Cela ne peut se faire sans un changement réel des modes de pensée et de réflexion, sans l’émergence et la reconnaissance de nouvelles logiques d’acteurs, de nouvelles donnes stratégiques, de nouvelles alliances.

Depuis Mai 2003, je consulte, fédère et réuni des responsables provenant d’horizons professionnels divers : Chefs d’entreprises, Cadres de groupes industriels, Directeurs de ressources humaines, Consultants de diverses spécialités (stratégie, ressources humaines, coaching, environnement ou qualité), Sociologue, Magistrat, Représentants d’organismes publics (Chambres de Commerce, Afnor, Conseils régionaux.) ou Universitaires.

Je leur ai donc proposé créer et d’animer un nouvel Atelier. Cette centaine de personnes, intéressé par le sujet y participera. Il a pour objectif de conduire une réflexion sur l’apport d’une démarche d’Intelligence économique dans le cadre de la mise en place éventuelle d’une politique de Développement durable par l’Entreprise. Le terme « Développement durable » est retenu au sens large. Il couvre les aspects environnementaux et écologiques bien sûr, mais aussi les ressources humaines ainsi que la transparence financière et la gouvernance d’entreprise.

Parlons de ton activité de « Chasseur de têtes » au sein du cabinet EURO CONSULTING PARTNERS

Elle constitue le point d’ancrage indispensable. Elle permet de confronter les concepts précités aux réalités de l’entreprise et d’échanger sur ces sujets avec les responsables de ressources humaines.

L’environnement sociologique de l’entreprise (salariés, clients, investisseurs, membres de la société civile) a changé. Nos concitoyens sont à la recherche de plus de stabilité, de réalité, de sens de … "Développement durable". Et ce bien que nous soyons dans une période où le degrés de complexité économique se développe et où l’augmentation des risques est réelle.

A mon avis, il n’y a pas contestation de l’existence de l’entreprise. Mais le désir se fait sentir d’une redéfinition autre de son rôle et de sa place dans la société. La création de valeur financière n’est pas fondamentalement contestée mais il semble qu’elle ne soit plus acceptée comme critère unique.

Notre cabinet s’efforce de répondre à ces attentes et de réfléchir à l’évolution des métiers et des fonctions.

Nous sommes un Cabinet de conseil en ressources humaines avec une offre de services liés au conseil et au recrutement : le recrutement se fait par approche directe (« Chasse de têtes ») soit en mixte avec utilisation de supports, le conseil recouvre les métiers du Coaching, de l’évaluation (bilans de compétence) ou de l’Outplacement.

L'équipe est constituée de dix consultants en France et de six consultants à l’étranger, tous des anciens managers ayant exercé des fonctions de responsabilité en entreprise. Un de nos Consultants associés est médecin ; il anime une intervention originale « Business Champions », dans laquelle un champion sportif intervient sur une thématique choisie avec l’entreprise.

Nous avons comme client des grands groupes français et étrangers mais également de plus en plus de PME/PMI.

Et quels sont tes centres d’intérêt, tes loisirs ?

Le sport, l'écriture et les voyages.
Je suis membre d’une troupe de théâtre amateur. Une confidence : j’aime chanter. Je prépare un disque de variétés avec une amie responsable d’une maison d’édition musicale.

Un mot pour les Anciens PwC?

Piloter efficacement sa carrière dans un contexte permanent d’incertitude professionnelle suppose anticipation, connaissance de soi et maîtrise d’outils au rang desquels figure en bonne place le réseau. Pour opérer un changement professionnel dans les meilleures conditions, il faut savoir mettre au service d’un projet clairement défini une stratégie de recherche et de partage d’information accompagnée d’un axe pertinent de communication. Là est le cœur de la « démarche réseau ».

Pour ma part, je n'ai pas utilisé le réseau de notre firme PriceWaterhouseCoopers et le regrette. Mais il n’est jamais trop tard!